Annexe 2 SR 946.231.18 : vingt jours de retard sur Bruxelles — le filtrage EU ne suffit pas
La modification par le DEFR de l'annexe 2 de la SR 946.231.18 le 18 février 2026 a reproduit l'inscription de l'UE du 29 janvier avec vingt jours de décalage. Les équipes conformité dont le filtrage Soudan s'alimente du flux EU CFSP ont laissé passer sept personnes non détectées pendant ce délai — et doivent gérer la liste suisse comme un flux de données autonome.
Dr. iur. Servatius von Tatzenberg
Le 18 février 2026 à 23h00, le DEFR a fait entrer en vigueur une modification d’urgence de l’annexe 2 de l’ordonnance du 25 mai 2005 instituant des mesures à l’encontre du Soudan (SR 946.231.18) — sept nouveaux noms correspondant à ceux que la décision du Conseil de l’UE (PESC) 2026/254 du 29 janvier 2026 avait inscrits vingt jours plus tôt. Quiconque gérait son exposition au risque soudanais par un rapprochement hebdomadaire avec le flux EU CFSP a laissé ces sept personnes hors de portée de son dispositif pendant tout ce délai. La conséquence à en tirer cette semaine est un rescreening de l’intégralité du portefeuille de tiers contre l’annexe 2 — pas au prochain cycle KYC.
Le Soudan n’est pas un cas d’alignement automatique comme la Russie, où la Suisse reprend les mesures de l’UE dans un délai généralement synchrone. L’ordonnance met en œuvre la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU 1591 (2005) et reprend, au-delà de ce cadre, les mesures additionnelles de l’UE issues de la Council Decision (CFSP) 2023/2135. Reprendre ne signifie pas pour autant refléter en temps réel. L’annexe 2 constitue un état de liste autonome, tenu par le DEFR sous délégation du Conseil fédéral par voie d’ordonnance départementale. Trois dates depuis février illustrent ce mécanisme : 18 février 2026 (inscription EU du 29 janvier, décalage : 20 jours) ; 25 février 2026 (décision du comité des sanctions de l’ONU du 24 février, décalage : un jour) ; 28 avril 2026 (mise à jour sans source EU ou ONU identifiable à ce jour).
Parallèlement, l’OFAC gère sa propre liste Sudan/Darfur en application de l’Executive Order 14098. Y figurent notamment Mohammad Hamdan Daglo Mousa (« Hemedti », RSF) depuis le 7 janvier 2025 et Abdel Fattah Al-Burhan (SAF), ainsi que, en décembre 2025, un réseau de mercenaires colombiens et, en février 2026, de nouveaux commandants RSF liés au siège d’El-Fasher. Aucun de ces désignés ne figure automatiquement à l’annexe 2 : le SECO ne reprend pas les désignations de l’OFAC pour le Soudan. Pour les directions financières exposées aux banques correspondantes en USD, la liste OFAC constitue un flux distinct, et non une source redondante par rapport au SECO.
Trois conséquences à traiter dès lundi.
Premièrement : rescreening de l’intégralité du portefeuille de tiers contre l’état de liste du 28 avril 2026. Un contrôle ponctuel des nouvelles entrées ne suffit pas, car l’effet de blocage prévu à l’art. 2 SR 946.231.18 s’applique, dès l’entrée en vigueur, aux relations existantes comme aux nouvelles.
Deuxièmement : le contrat de flux de données conclu avec le prestataire de screening doit être examiné. Si la source retenue pour les mesures suisses contre le Soudan est le flux EU CFSP ou le registre consolidé de l’ONU, cela constitue une défaillance d’exécution documentable. La source primaire est l’annexe 2 ; l’obligation de communication prévue à l’art. 6 EmbG (SR 946.231) est attachée à cet état de liste, et non au reflet de la liste EU ou OFAC.
Troisièmement : la fréquence de synchronisation doit être recalibrée. L’inscription de février a été publiée en urgence et est entrée en vigueur le soir même à 23h00 — un rapprochement hebdomadaire n’aurait pas comblé le décalage de vingt jours accumulé depuis janvier.
Par ailleurs, les intermédiaires financiers sont soumis à l’obligation autonome de communication à la MROS prévue à l’art. 9 GwG, lorsque des indices de blanchiment au sens de l’art. 6 GwG subsistent après le blocage. L’obligation de communication au titre de l’EmbG ne s’y substitue pas.
La source de la mise à jour d’avril reste à établir. Aucune inscription EU ou ONU contemporaine ne peut être mise en correspondance terme à terme avec le 28 avril ; la question de savoir s’il s’agit d’inscriptions autonomes de la Suisse sera tranchée par la prochaine communication du SECO accompagnée d’un mémo explicatif. Dans l’attente de cette confirmation, il est recommandé de classer les inscriptions du 28 avril comme potentiellement autonomes et de l’indiquer dans le journal de screening sous la rubrique de classification des sources.