Après Freixe : la déclaration de conflit d'intérêts selon l'art. 717a OR ne compte que consignée au procès-verbal
Depuis le 1er janvier 2023, l'art. 717a OR impose au conseil d'administration et à la direction générale de déclarer les conflits d'intérêts immédiatement et complètement. Mais dans une procédure en responsabilité fondée sur l'art. 754 OR, seule la divulgation consignée au procès-verbal compte — l'affaire Freixe chez Nestlé montre ce que coûte un silence non documenté.
Casimir von Firn, MLaw
Depuis le 1er janvier 2023, le conflit d’intérêts a son propre article dans le Code des obligations. L’art. 717a OR oblige le conseil d’administration et la direction générale à informer «immédiatement et complètement» le conseil d’administration de tout conflit d’intérêts les concernant ; le conseil «prend les mesures nécessaires à la sauvegarde des intérêts de la société». Ce faisant, une attente implicite du devoir de fidélité (art. 717 al. 1 OR) devient une obligation expressément codifiée, désormais clairement désignée dans les procédures en responsabilité. Ce que coûte une déclaration non documentée, Nestlé le démontre depuis septembre 2025.
La substance n’est pas nouvelle. L’obligation de déclarer les conflits et, le cas échéant, de se récuser découlait déjà depuis longtemps du devoir de fidélité selon la doctrine et la pratique ; les commentaires lisent d’ailleurs l’art. 717a OR comme une simple codification de la pratique antérieure. Ce qui est nouveau, c’est la rigueur. Deux adverbes portent la norme : «immédiatement» fixe le délai, «complètement» exclut la déclaration partielle. Et elle lie expressément la direction générale : le conflit d’un directeur général doit être porté devant l’ensemble du conseil.
C’est dans le procès-verbal que cette rigueur prend tout son sens. L’art. 717a OR ne prescrit pas expressément de documentation — mais la déclaration ne vaut preuve que si elle et la mesure prise en conséquence sont consignées dans le procès-verbal du conseil d’administration. L’art. 754 al. 2 OR subordonne l’exonération de responsabilité à la preuve de la diligence requise : qui ne peut pas établir qu’il a déclaré le conflit ne peut pas non plus démontrer qu’il a agi correctement. Sans procès-verbal, la déclaration n’est pas prouvée et la mesure est invisible. La déclaration consignée au procès-verbal est la seule position défensive qu’un tribunal peut accepter sans hésitation.
Chez Nestlé S.A., incorporée en Suisse, le mécanisme a fonctionné à rebours. Le conseil d’administration a licencié le directeur général Laurent Freixe avec effet immédiat le 1er septembre 2025, après qu’une enquête eut révélé une relation non déclarée avec une collaboratrice lui étant directement subordonnée — une violation du code de conduite. Cette constellation — relation avec une collaboratrice dont le directeur général décide opérationnellement des promotions et de la rémunération — compromet la formation d’un jugement impartial au sens de l’art. 717a al. 1 OR ; l’absence de déclaration constituait donc une violation de la loi. Ce n’est pas la déclaration spontanée prévue à l’art. 717a al. 1 OR qui avait mis les faits au jour, mais un signalement transmis par le canal «Speak Up» ; Freixe avait d’abord nié la relation, et une première enquête était restée sans résultat. Les mesures prévues à l’alinéa 2 ont été prises de manière réactive par le conseil sous la présidence de Paul Bulcke et avec le Lead Independent Director Pablo Isla, avec l’appui d’avocats externes. Le prix était élevé : licenciement sans indemnité, retrait anticipé de Bulcke de la présidence du conseil et prise de fonction d’Isla à l’automne 2025, ainsi que des pressions persistantes des investisseurs.
Pour le service juridique, la prochaine étape est concrète : inscrire un point permanent «Conflits d’intérêts» à l’ordre du jour de chaque séance du conseil d’administration et de la direction générale, et consigner au procès-verbal toute déclaration ainsi que la mesure prise. Le contenu de l’obligation est connu. Ce qui reste ouvert, c’est le calibrage : combien de temps «immédiatement» laisse-t-il, et si une déclaration non consignée compte en cas de litige, le Bundesgericht ne l’a pas encore tranché pour l’art. 717a OR. La réponse chiffrée viendra du premier jugement en responsabilité rendu sur le fondement de l’art. 754 OR en raison d’une déclaration de conflit tardive ou omise.