TBTF, acte III : Capital, responsabilité, surveillance dans le message BankG
Le message du Bundesrat sur la révision du BankG, déposé le 22 avril 2026, contient trois mesures : 20 milliards de dollars de CET1 supplémentaires, un Senior Manager Regime et un pouvoir d'infliger des amendes administratives pour la FINMA. Ensemble, ces dispositions reformulent les rapports entre le conseil d'administration et son autorité de surveillance en droit fédéral suisse. Deux événements proches — le vote du Ständerat sur la mesure de capital et la première publication de la FINMA sous sa nouvelle compétence de communication active — donneront la première mesure de la portée réelle de la révision.
Casimir von Firn, MLaw
Le Bundesrat a déposé son message relatif à la révision du BankG le 22 avril 2026 avec trois mesures de portée comparable : 20 milliards de dollars de CET1 supplémentaires pour UBS au niveau de la maison mère (Bâle III, reporting IFRS), un Senior Manager Regime adossé à des Statements of Responsibilities nominatifs, et un pouvoir d’infliger des amendes administratives pour lequel la FINMA plaidait depuis trois ans. Le conseil d’administration n’est plus le destinataire implicite du document — il en est désormais une partie expressément désignée.
La révision est, dans son essence, une réallocation du risque contractuel en droit fédéral suisse habillée en projet de loi sur la stabilité bancaire. Le Bundesrat, après deux ans de rédaction autour de la résolution de Credit Suisse, n’a pas rédigé une nouvelle loi ; il a amendé le BankG par des dispositions qui s’alignent sur les recommandations du rapport de la commission d’enquête parlementaire de décembre 2023. Le choix rédactionnel le plus révélateur est ce que le message omet : le remboursement des bonus reste ancré dans l’ordonnance sur la rémunération et les circulaires FINMA, non dans la loi elle-même. L’instrument de discipline est structurel, pas financier.
Les trois mesures
1. Capital. L’article 9 BankG, refondu en coordination avec l’ordonnance sur les fonds propres en vigueur au 1er janvier 2027, impose aux banques d’importance systémique de couvrir à cent pour cent leurs participations dans des entités étrangères du groupe avec des fonds propres de première qualité. Déduction intégrale en CET1, sans substitution par des AT1. Le Département fédéral des finances estime que la modification contraint UBS AG à détenir environ 20 milliards de dollars de CET1 supplémentaires au niveau de la maison mère, selon un calendrier d’introduction progressive sur sept ans. UBS, dans sa déclaration du 22 avril 2026, a chiffré l’exposition marginale totale en CET1 — y compris les reliquats liés à l’intégration de Credit Suisse — à environ 37 milliards de dollars, pour un coût annualisé en capital d’environ 3 milliards de dollars. Ces deux chiffres reposent sur le bilan d’UBS au 31 décembre 2025, en reporting IFRS, et n’ont pas fait l’objet d’un audit indépendant.
2. Responsabilité. Le Senior Manager Regime transpose le modèle britannique et européen sous une forme atténuée. Chaque cadre dirigeant signe un Statement of Responsibilities ; l’établissement tient à jour un Management Responsibilities Map. La rédaction est plus étroite que le SMCR britannique — elle vise le président du conseil d’administration, les membres de la direction générale et les personnes exerçant des fonctions clés sans titre d’officier formel. Le message laisse à la FINMA le soin de délimiter le périmètre de ces fonctions clés. La façon dont la FINMA tracera cette frontière — par une circulaire avant la première décision d’enforcement, ou au cas par cas dans le cadre de procédures — déterminera la portée effective du régime en pratique.
3. Surveillance. La FINMA reçoit trois nouveaux instruments : un pouvoir d’infliger des amendes administratives (principalement institutionnelles), un pouvoir d’intervention précoce activable avant toute atteinte avérée à la stabilité, et une compétence de communication active — une autorisation légale de rendre publiques les procédures clôturées. C’est ce troisième instrument qui est le plus discret et dont la portée est la plus longue. Un dossier d’enforcement FINMA accessible au public touche les obligations d’information et les contrats avec les contreparties de tous les établissements autorisés, pas seulement de celui qui y est nommé.
Ce que le conseil d’administration signe désormais
Le BankG en vigueur impose déjà des obligations organisationnelles au conseil d’administration à travers l’article 3 BankG (conditions d’autorisation) et la doctrine de la garantie d’une activité irréprochable (Gewähr für eine einwandfreie Geschäftstätigkeit). La révision ne déplace pas ces obligations — elle les reconfigure. Le même conseil d’administration signe un Statement of Responsibilities cartographié dans un Management Responsibilities Map rendu public, et toute future décision d’enforcement FINMA nommera les personnes physiques titulaires de chaque fonction.
Deux conséquences opérationnelles s’ensuivent. Le Senior Manager Regime ne prend en compte une délégation que dans la mesure où elle est documentée dans le Map ; un transfert non documenté d’une fonction clé ne transfère pas la responsabilité au sens du BankG. Et les procès-verbaux du comité des risques qui consignent un risque non traité deviennent une preuve potentielle dans une décision FINMA ultérieure appliquant l’art. 33 FINMAG à la personne titulaire de la fonction désignée. L’interdiction d’exercer prévue à l’art. 33 FINMAG opère par décision FINMA susceptible de recours devant le Bundesverwaltungsgericht ; la sanction est administrative et non pénale, mais elle met fin à la carrière réglementée de son destinataire. La couverture D&O devrait être mobilisée, mais aucune tarification d’assureur pendant la procédure de consultation n’a été rendue publique — la procédure portait sur la loi, pas sur son assurabilité.
La place des nouveaux pouvoirs de la FINMA
Le Bundesrat aurait pu faire passer le pouvoir d’amende par le FINMAG (articles 36 et suivants) en laissant le BankG intact. Il a fait un autre choix. Le pouvoir d’infliger des amendes figure dans le BankG lui-même parce que les sanctions visent des établissements dont l’autorisation y est ancrée. Cela place autorisation et sanction dans la même loi, ce qui est inhabituel en technique législative suisse.
La compétence de communication active est rédigée comme une règle dérogatoire à l’obligation légale de confidentialité en matière de surveillance prévue à l’article 14 FINMAG. Le message circonscrit ce nouveau pouvoir aux procédures clôturées et impose à la FINMA d’apprécier la proportionnalité. La première décision du Bundesverwaltungsgericht sur la notion de « clôturée » fixera le périmètre applicable ; dans l’intervalle, la première publication de la FINMA sous le nouveau régime indiquera au marché comment l’autorité elle-même interprète ce texte. La même question d’interprétation est également ouverte dans les affaires AT1 pendantes devant le Bundesgericht, où la FINMA et UBS contestent la décision du Bundesverwaltungsgericht d’octobre 2025 sur l’annulation des AT1. Le message a délibérément exclu la réforme des AT1 de son périmètre, dans l’attente de l’évolution des normes internationales.
Ce qui permettra de trancher les questions ouvertes
Le message est ferme sur la mesure capitalistique. UBS soutient que 20 milliards de dollars au niveau de la maison mère fait peser le risque systémique suisse sur le contribuable domestique sans tenir compte des travaux de résolvabilité déjà actés dans le Recovery and Resolution Plan approuvé par la FINMA. UBS n’était pas seule lors de la procédure de consultation : cantons, partis politiques et associations professionnelles se sont largement opposés à la mesure de capital pour des raisons de surcharge réglementaire suisse et de désavantage concurrentiel, comme le documente l’analyse Homburger. La réponse du Bundesrat : le double levier est un défaut structurel que la Suisse avait identifié en interne dès 2012, et un délai de transition de sept ans absorbe la charge. Le point le plus fragile est le séquençage — sept ans couvrent le prochain cycle électoral fédéral, deux révisions de politique monétaire de la BNS et au moins un nouveau calibrage de Bâle.
Deux événements proches permettront de mesurer la portée réelle de la révision. Le premier est le vote du Ständerat sur la mesure de capital, attendu lors de la session d’automne 2026 ; la position de la première chambre fixera la marge de négociation pour le Conseil national. Le second est la première décision d’enforcement publiée par la FINMA dans le cadre de sa compétence de communication active, qui établira la définition opérationnelle du terme « clôturée » avant que tout tribunal ne s’y prononce. L’un et l’autre interviendront avant que le Bundesverwaltungsgericht ne se soit prononcé sur l’un ou l’autre aspect. Ils apprendront au conseil d’administration bien plus sur le sens pratique de la révision que ne le fait le dernier paragraphe du message.